Il y a des peurs qu'on peut contourner longtemps sans que personne ne s'en aperçoive. On prend les escaliers « pour bouger un peu », on évite le métro aux heures de pointe, on reporte un examen médical en prétextant un agenda chargé. Jusqu'au jour où un médecin prescrit une IRM, ou qu'un nouveau bureau se trouve au septième étage. La claustrophobie, tant qu'on l'évite, reste discrète. Confrontée à l'inévitable, elle devient un vrai obstacle.
De quoi a-t-on peur exactement ?
Contrairement à ce qu'on imagine, la claustrophobie n'est pas tant la peur des petits espaces que la peur de ne pas pouvoir en sortir. C'est la porte qui se referme, le tunnel qui n'a pas de bas-côté, la machine qui va tourner vingt minutes et dont on ne descend pas en claquant des doigts.
Deux craintes s'y mêlent souvent :
- la peur de manquer d'air, d'étouffer, de ne plus avoir assez d'espace pour respirer ;
- la peur d'être bloqué, de perdre le contrôle, de paniquer devant témoins ou sans pouvoir appeler à l'aide.
Les situations classiques se ressemblent toutes : ascenseurs, IRM et scanners, tunnels routiers, métro bondé, cabines d'essayage, avion, voiture coincée dans les embouteillages. Certaines personnes supportent même mal un col roulé ou un casque de moto — le point commun n'est pas la taille de l'espace, c'est la sensation de contrainte.
Ce qui se passe dans le corps
Votre cerveau dispose d'un système d'alarme très ancien, programmé pour vous sortir du danger avant même que vous ayez eu le temps d'y réfléchir. Lorsqu'il classe « espace clos » dans la catégorie menace, il déclenche la réaction de survie : accélération du cœur, respiration haute et rapide, tension musculaire, transpiration, impression de chaleur.
Le piège, c'est que cette hyperventilation crée elle-même des sensations désagréables — étourdissement, fourmillements, impression d'avoir la gorge serrée. Sensations que le cerveau interprète aussitôt comme la preuve que le danger est réel. La boucle se referme : plus j'ai peur, plus je respire mal, plus j'ai de raisons d'avoir peur.
Une seule expérience marquante suffit parfois à installer cette association : un ascenseur réellement bloqué, un malaise dans le métro, une première IRM mal vécue. Ensuite, l'anticipation fait le reste. On y pense trois jours avant. Et chaque fois qu'on évite la situation, le soulagement immédiat vient renforcer l'idée que c'était bel et bien dangereux. L'évitement soulage à court terme et entretient la peur à long terme.
Sur le moment : quelques repères utiles
Quand la vague monte, le réflexe naturel est de lutter contre les sensations. C'est en général ce qui les amplifie. Quelques pistes plus efficaces :
- Allonger l'expiration. Inspirez normalement, puis soufflez lentement, plus longtemps que l'inspiration. C'est l'expiration qui active le frein nerveux, pas l'inspiration profonde.
- Revenir au concret. Nommer mentalement cinq choses que vous voyez, trois que vous entendez, deux que vous sentez. Cela occupe la partie du cerveau qui fabrique les scénarios catastrophe.
- Se donner des repères temporels. « Encore quatre minutes de séquence. » Un temps mesuré est toujours plus supportable qu'un temps flou.
- Ne pas se battre contre la sensation. Observer la vague monter, la laisser culminer et redescendre. Une crise ne dure pas indéfiniment, même si elle le fait croire.
Préparer concrètement une IRM
Si un examen vous attend, dites-le au service d'imagerie à la prise de rendez-vous. Les équipes y sont habituées et plusieurs aménagements existent : la poire d'appel qu'on garde en main et qui interrompt l'examen, le micro qui permet de parler au manipulateur, le miroir qui renvoie la vue vers l'extérieur, les bouchons ou la musique, la possibilité d'être accompagné dans la salle. Certains centres disposent d'appareils plus ouverts ou plus courts. Demandez aussi la durée de chaque séquence : savoir qu'un bloc dure trois minutes change tout.
L'hypnose est d'ailleurs utilisée en milieu hospitalier pour accompagner des gestes médicaux, sous le nom d'hypnosédation. Le principe est le même en cabinet : apprendre à occuper son attention ailleurs pendant que le corps, lui, reste tranquille.
Ce que l'hypnose peut apporter
Une phobie n'est pas un manque de volonté : c'est un automatisme. Et un automatisme ne se déprogramme pas par le raisonnement — sinon il suffirait de se répéter que l'ascenseur ne va pas tomber.
En séance, le travail consiste souvent à revenir sur l'association qui s'est installée, à la revisiter dans un état de détente où le corps n'est plus en alerte, puis à répéter mentalement la situation redoutée jusqu'à ce qu'elle perde de sa charge. S'y ajoute en général l'apprentissage de l'auto-hypnose : un signal simple, un geste, une respiration que vous emportez avec vous dans la cabine d'IRM ou dans l'ascenseur. Cela peut aider à retrouver une marge de manœuvre là où il n'y en avait plus. Le nombre de séances varie selon les personnes, et l'hypnose ne remplace évidemment pas l'avis de votre médecin, en particulier si les crises sont fréquentes ou envahissantes.
Si une échéance approche et que l'idée seule vous noue le ventre, mieux vaut s'y prendre quelques semaines à l'avance : prendre rendez-vous au cabinet. Et pour les lecteurs qui souhaitent apprendre ces outils de façon professionnelle, les formations en hypnose y consacrent une part importante.